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Un petit mot avant d’attaquer : 3 nouvelles dates pour ma formation sur la nouvelle ISO 9001, sur décembre et janvier. En une demi-journée en visio, on passe la version 2026 en revue chapitre par chapitre pour que tu saches exactement ce qu’elle demande et où ça s’arrête. Infos et inscriptions ici. 👇
Au sommaire:
Épisode 4 sur 5
Ce qui change dans le texte
En y regardant de plus près
Pourquoi ça change
Comment le prendre
Ce que tu as à y gagner
Comment y répondre
Et maintenant ?
Temps de lecture : 10 minutes
Passons au sujet du jour !
Dans la nuit du 29 au 30 juin 2024, le Rhône sort de son lit et inonde une usine d’aluminium à Sierre, en Suisse. Le fournisseur déclare la force majeure auprès de ses clients. Trois semaines plus tard, Porsche prévient ses actionnaires : les pièces de carrosserie fabriquées là-bas équipent toutes ses séries de véhicules. Des arrêts de production ont lieu, entrainant une perte de production de plus de 10 000 modèles et une perte de chiffre d’affaire située entre 1 et 2 milliards d’euros.
Je raconte cette histoire en formation et je fais toujours remarquer un détail : il n’y a pas un seul produit non conforme là-dedans. Les process industriels de Porsche tournaient très bien, merci pour eux. Et pourtant, c’est exactement de ça que parle le quatrième chantier de l’ISO9001 v2026.
Épisode 4 sur 5
Après les risques et opportunités, la culture qualité et l’éthique puis la gestion des changements, on attaque la continuité de fourniture et le climat. Dans le premier épisode, je t’avais promis de garder au chaud une petite phrase du §6.1.2 sur la capacité à fournir « de manière continue et régulière ». On y est.
Ce chantier a une particularité : il n’a aucun paragraphe à lui. Tu peux chercher « continuité d’activité » dans la norme, le terme n’y est pas. L’idée, elle, y est bien, disséminée à quelques endroits qui se répondent. Et le flou, c’est la porte ouverte à l’incompréhension.
Ce qui change dans le texte
Le point d’ancrage, c’est le §6.1.2, qu’on a vu dans le premier épisode pour la mécanique (déterminer, analyser, évaluer les risques). Ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est l’objet de la question : les risques à traiter sont ceux qui peuvent nuire à la capacité à « fournir de manière continue et régulière des produits et services conformes ». J’ai vérifié sur le texte : cette formule n’existe qu’au 6.1. Partout ailleurs, la norme garde « en permanence », comme en 2015. Ce n’est donc pas un tic de traducteur, mais un choix de rédaction.
Autour de cette formule, deux compléments. La note 1 du même paragraphe précise que les risques peuvent inclure la capacité à fournir du conforme « pendant et après une perturbation » (c’est une note, donc pas une exigence, mais elle indique clairement où le comité de rédaction voulait en venir). Et l’annexe enfonce le clou (A.6.1.2) en parlant d’atteindre les résultats « même en cas d’événements perturbateurs ».
Le quatrième morceau du fil se trouve au §8.2.1, dans la communication client. En 2015, il fallait « établir les exigences spécifiques relatives aux actions d’urgence », une formulation dont personne n’a jamais trop su quoi faire. En 2026, il faut, le cas échéant, fournir au client des informations sur les mesures d’urgence, « y compris d’éventuelles perturbations » dans la fourniture. Prise seule, c’est une retouche. Lue avec le 6.1.2, elle prend tout son sens : le jour où ça casse, savoir quoi dire au client. Une note liste même les canaux possibles, des réunions au site web en passant par une FAQ.
Et le climat dans tout ça ? Comme on s’y attendait : la phrase du §4.1 (déterminer si des enjeux découlent des changements climatiques) et la note du §4.2 sont reprises mot pour mot de l’amendement de 2024. Je t’avais décortiqué tout ça dans le numéro sur l’amendement climat : c’est applicable depuis février 2024 et les auditeurs ont consigne de le regarder depuis cette date. Si ta boîte a traité l’amendement, la v2026 n’ajoute rien sur ce point.
Dernière précision pour éviter un nœud au cerveau : la « continuité et maintien du SMQ » des §5.3 et 6.3, on l’a vue dans l’épisode précédent, c’est « integrity » en anglais et ça n’a rien à voir avec notre sujet. Quant à la note du 4.2 sur les parties intéressées, je la garde pour l’épisode 5.
En y regardant de plus près
Je t’avais teasé la subtilité en clôture du dernier numéro : « continu » ne veut pas dire « sans interruption ». Et c’est écrit dans la norme elle-même.
L’annexe A.2 définit « continu » comme une durée qui s’étend dans le temps avec des intervalles d’interruption. Le mot anglais pour « sans interruption » (continuous) n’apparaît nulle part dans le texte, et la norme précise que cette confusion est une source courante de malentendus. Personne ne te demande donc de garantir une fourniture ininterrompue de produits et services à tes clients, ce qui serait d’ailleurs une promesse intenable.
Attention quand même à ne pas jeter le mot avec l’eau de la crue. En anglais, le texte dit « continually and consistently ». La version 2015 ne disait que « consistently », c’est-à-dire régulière : chaque livraison est conforme, au même niveau. C’est la constance du résultat, le cœur historique de la norme. « Continually », lui, est bien un mot nouveau du texte source, et il ajoute la dimension de la durée : la capacité à fournir doit se maintenir dans le temps.
Du coup, la question posée par l’analyse de risques s’élargit. La 2015 demandait en substance « qu’est-ce qui pourrait dégrader ce que je livre ? ». La 2026 ajoute « et qu’est-ce qui pourrait m’empêcher de livrer tout court ? ». Porsche livrait du conforme. La crue lui a posé une question de capacité, pas de conformité.
Pourquoi ça change
Regarde ce qui s’est passé depuis 2015 : un virus mondial, des pénuries de composants, des tensions géopolitiques sur tous les continents et des événements climatiques qui ne relèvent plus de l’exceptionnel. C’est comme ça que je présente la révision en formation : elle ajuste la norme au contexte dans lequel les entreprises vivent vraiment.
Pour ne rien te cacher, c’est un sujet que j’espérais. Bien avant le DIS, quand je spéculais sur le contenu de la révision, j’écrivais que la continuité d’activité me semblait idéale pour obliger à s’asseoir et réfléchir aux macro-risques, ceux qui ne menacent pas un objectif mais l’activité elle-même. Au moment du DIS, j’avais noté que la norme tournait autour du pot sans le nommer. Le texte final le confirme : l’idée est là, par petites touches, mais sans chapitre dédié.
Et c’est cohérent avec ce qu’est l’ISO 9001. Elle n’amène pas des exigences de rupture, elle ancre ce qui fait consensus. Après le Covid, plus personne ne conteste qu’une entreprise sérieuse doit savoir ce qui pourrait l’empêcher de livrer.
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Comment le prendre
Sur ce chantier, je vois deux idées reçues s’installer.
La première, c’est le plan de continuité d’activité obligatoire, avec stocks tampons, fournisseurs de substitution et plan de reprise. Rien de tout ça n’est écrit. Ce que le texte demande tient en trois temps : avoir identifié et évalué ce qui pourrait rompre la capacité à fournir, avoir décidé d’actions proportionnées et savoir informer le client. Un plan de continuité formalisé type ISO 22301 peut être une excellente réponse pour certaines activités (si tes clients sont des hôpitaux, la question ne se pose même pas), mais c’est une décision de l’entreprise, pas une exigence de la norme.
La seconde, c’est le climat version RSE. Je le redis comme en 2024 : la norme demande de regarder l’impact du climat sur l’entreprise, et pas l’inverse. Un fournisseur en zone inondable ou une canicule qui met l’atelier à l’arrêt, voilà le sujet. Le bilan carbone et les engagements de décarbonation, c’est très bien, mais ça se passe ailleurs (l’ISO 14001 ou ta démarche RSE). Un auditeur 9001 qui te demande ton bilan carbone sort du cadre.
Bref, la v2026 parle de climat, et elle en parle sous l’angle de l’impact sur la capacité à livrer. La nuance a son importance quand on voit ce qu’on essaie de faire dire à cette révision (et je dis ça en vendant moi-même une formation dessus, l’autodérision est comprise dans le prix 😅).
Ce que tu as à y gagner
Un responsable qualité que j’accompagne m’a raconté le dispositif fournisseurs hérité de son passé automobile : un scoring mensuel et quatre niveaux d’escalade en ca de mauvaises performances, jusqu’à la sortie du panel. C’était carré et ça plaisait aux auditeurs. Sauf que, je le cite : « sur un fournisseur sans backup, arrivé au 4e niveau, on est comme un con ». Le tableau était impeccable et la vraie question n’était pas dedans : si ce fournisseur s’arrête demain, on fait quoi ?
C’est tout l’intérêt de ce chantier. La question « qu’est-ce qui nous empêcherait de livrer ? » parle à une direction infiniment mieux que n’importe quel taux de conformité documentaire. C’est le langage de l’expert-comptable qui parle trésorerie : personne ne lui demande si c’est bien de l’ISO. Arriver en CODIR avec cette question, c’est changer de case dans la tête des gens, du gendarme vers celui qui protège la boîte.
Et il y a un second gain, plus discret. Le jour où ça casse vraiment, l’entreprise qui a préparé son message garde la main sur la relation client. Le fournisseur de Porsche a déclaré sa force majeure par écrit à ses clients, qui ont pu réagir en connaissance de cause. Compare avec le silence radio qu’on subit tous un jour en tant que client : l’information arrive trop tard et la confiance disparait avec. Préparer ce message ne coûte qu’une page.
Comment y répondre
Poser la question qui fâche
Mets le sujet sur la table avec la direction et les pilotes, dans leurs mots : qu’est-ce qui nous empêcherait de livrer tout court ? Les candidats sortent vite, parce que tout le monde les connaît sans jamais les avoir écrits : le fournisseur unique qu’on n’a jamais doublé (et dont on a conscience des difficultés), la machine dont les pièces de rechange viennent de l’autre bout du monde (sans qu’on ait de stock), la personne qui est la seule à savoir régler tel procédé ou l’ERP qui tient de la boîte noire. Tu n’as pas besoin d’un outil pour cette conversation, un tour de table honnête suffit.
Raccrocher le climat aux enjeux
Le climat entre dans cette même conversation par le §4.1, et je te rappelle que c’est dû depuis février 2024. La question reste la même, avec une source de perturbation de plus : qui, dans la chaîne d’approvisionnement, est fragilisé par les conséquences des changements climatiques ? Chez Porsche, la réponse se trouvait à Sierre, à des centaines de kilomètres de leurs usines. Ensuite, tu tries et tu décides comme pour n’importe quel risque, avec la mécanique simple du premier épisode : on traite ou on tolère, en consensus avec la direction.
Préparer le message client
C’est le volet le plus concret et le plus négligé. Le §8.2.1 demande de pouvoir informer le client des mesures d’urgence, y compris des perturbations. Concrètement : qui décroche le téléphone ce jour-là, et pour dire quoi ? Une page suffit, avec les clients à prévenir en priorité, le porteur du message et les informations qu’ils attendront (ce qui est touché, et quand on en saura plus). Pour le canal, la note du texte te laisse le choix, du mail à la FAQ sur le site. Si tu gère des astreintes, c’est à intégrer dedans.
Savoir t’arrêter
Aucun document n’est exigé sur ce chantier. La norme ne demande ni plan de continuité formalisé, ni certification ISO 22301, ni bilan carbone, ni fourniture ininterrompue. Si quelqu’un affirme le contraire, je te redonne les trois questions de la formation : c’est dans quel paragraphe, c’est une exigence ou une note et que dit la version anglaise ? Elles font gagner un temps fou.
Et maintenant ?
Revenons à cette usine inondée. La norme ne demandait évidemment pas à Porsche d’empêcher la crue du Rhône. Ce qu’elle invite à faire, c’est à ne pas découvrir la dépendance le jour où le client appelle : savoir qu’un seul site fabrique une pièce qui équipe toute la gamme, avoir évalué ce que son arrêt coûterait et avoir préparé ce qu’on dit aux clients ce jour-là. Tout le reste est du bonus. Ça te parle ?
Si tu veux faire le tour complet de la nouvelle norme, chapitre par chapitre, avec ce qui change vraiment et comment y répondre sans en faire trop, plusieurs sessions de ma formation restent planifiées sur la fin de l’année et sur janvier. 👉 Tout est là.
Dans le prochain et dernier épisode, on attaque les parties intéressées, et tu verras que la v2026 leur donne plus de place, de l’analyse du contexte jusqu’à la revue de direction.
Allez, c’est tout pour aujourd’hui !
A bientôt,
Benoit
PS : Si tu connais quelqu’un qui apprécierait de me lire, fais-lui suivre ce mail. 😉
Pour aller plus loin ensemble:
📑 Formation ISO9001 v2026 – Une demi-journée pour te mettre à niveau sur les évolutions de la v2026, comprendre comment y répondre et pouvoir justifier de tes compétences.
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😄 Les Memes QSE – Un peu d’humour dans le sérieux de nos métiers : 166 memes à adapter et partager à ta sauce.
→ Toutes mes ressources sont réunies sur mon site web.

