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Au sommaire:
Une série en cinq épisodes
Ce qui change dans le texte
Pourquoi ça change
Comment le prendre
Ce que tu as à y gagner
Comment y répondre
Et maintenant ?
Temps de lecture : 12 minutes
ISO 9001 v2026 (1/5) : risques et opportunités, sans usine à gaz
Il y a une dizaine de jours, j’animais la toute première session de ma formation sur la nouvelle ISO 9001, quatre jours après sa sortie (les participants étaient mes cobayes et ils le savaient). Arrivés au chapitre 6, deux qualiticiens m’ont résumé la situation chez eux. Les risques ? « C’est déjà bien traité chez nous. » Et les opportunités ? Elles sont dans le SWOT que les managers présentent au comité de direction, et « il n’y a rien d’autre ».
Sans le savoir, ils venaient de m’expliquer pourquoi le chapitre 6.1 a été réécrit.
Une série en cinq épisodes
Dans le numéro sur la sortie de la norme, je t’avais fait le tour d’horizon des nouveautés en promettant d’y revenir. On y est. Pendant cinq numéros, je reprends un par un les cinq grands chantiers que je présente en formation : les risques et opportunités, la culture qualité et le comportement éthique, la gestion des changements, la continuité de fourniture (avec le climat) et les parties intéressées.
Chaque fois, on partira de ce qui change dans le texte, mais la nouveauté servira surtout de prétexte pour reprendre le sujet de fond. Parce que pour ne rien te cacher, sur la plupart de ces thèmes, la v2015 n’est toujours pas digérée partout.
Ce qui change dans le texte
En 2015, la norme te demandait de déterminer les risques et opportunités puis de planifier des actions pour y répondre. En 2026, les risques doivent être « déterminés, analysés et évalués » (§6.1.2) et le mot qui compte, c’est « évalués ». Il n’y était pas avant. Ça ne voulait pas dire qu’il ne fallait pas le faire, mais maintenant c’est une obligation.
Les opportunités ont désormais leur propre paragraphe (§6.1.3), avec la même exigence que les risques, de l’identification jusqu’à la vérification de l’efficacité des actions. Cette efficacité se regarde d’ailleurs séparément pour les deux, y compris en revue de direction (§9.3.2). Et la revue « doit inclure » ses données d’entrée, là où la v2015 se contentait de la réaliser « en prenant en compte ». Une revue qui zappe les opportunités sera donc plus dure à défendre.
Ce qui ne bouge pas est tout aussi important. Il n’y a toujours aucune méthode imposée, ni pour l’identification, ni pour l’évaluation (l’annexe le redit noir sur blanc, A.6.1.2), et aucun document nouveau n’est exigé. Tu n’es pas non plus obligé de traiter risques et opportunités séparément. Ton organisation actuelle peut parfaitement répondre aux exigences des 2 sous-chapitres de la norme. Le point important c’est que des opportunités soient réellement déterminées et traitées (évaluation, actions, efficacité).
Autre évolution, les actions face aux risques doivent être proportionnées à leur impact potentiel sur l’atteinte des résultats attendus du SMQ, et celles face aux opportunités doivent contribuer à ces mêmes résultats. La version 2015 s’appuyait ici uniquement sur la conformité produit et service. On passe donc à une vision élargie des risques opportunités, au niveau de l’efficacité du SMQ.
Il reste une petite phrase du 6.1.2 sur la capacité à fournir « de manière continue et régulière », qui cache une vraie question de continuité d’activité. Je la garde au chaud pour l’épisode 4.
Pourquoi ça change
Dans les entreprises, le constat lors des audits de certification c’est qu’on trouve des risques partout et très peu d’opportunités. Je le disais déjà début 2024 dans un live avec Anthony, quand on spéculait sur la révision. Les qualiticiens n’y sont pas pour grand-chose (enfin, un peu quand même 😅) : la v2015 mettait les deux dans le même paragraphe, et à ce jeu-là le négatif gagne à tous les coups. En les séparant, la norme oblige à sortir les opportunités de leur rôle de parent pauvre.
Et puis en comparant les versions, je suis tombé sur un truc qui m’a fait sourire jaune. En 2015, le texte français disait qu’il fallait « tenir compte » des enjeux et exigences issus du contexte au moment de déterminer les risques et opportunités (§6.1.1), alors que le texte anglais disait « shall consider », c’est-à-dire considérer.
La v2026 française écrit désormais « prendre en considération » les enjeux et exigences issus du contexte et la version anglaise n’a pas bougé d’un iota. Tu vois la subtilité? L’annexe A.2 clarifie le sens de ces deux expressions : « prendre en considération », c’est réfléchir afin de déterminer si on inclut ou pas dans la suite. « Prendre en compte » (ou tenir compte), c’est l’obligation d’inclure les items dans la suite.
Donc, en 2015, il fallait prendre en compte tous les enjeux et exigences des parties intéressées. En 2026, l’organisme détermine lesquels il décide de prendre en considération dans le cadre des risques opportunités. Enfin en français, hein, tu l’as compris. En anglais c’était comme ça depuis 2015...
Comment le prendre
Je vois venir le réflexe, je l’ai croisé dans pas mal de boîtes. Le mot « évaluer » arrive et on ressort l’artillerie lourde, avec des grilles gravité x occurrence à cinq niveaux et une AMDEC par processus.
Une responsable qualité que j’accompagne dans une PME en a hérité en 2015. Un consultant avait fait remplir un SWOT par processus, chaque case devenait un risque (tenir compte...) et chaque risque avait son action, jusqu’au risque d’inondation pour un site posé au sommet d’une colline. Dix ans plus tard, personne ne s’en sert et pour son dirigeant, « le risque, c’est l’ISO ». Elle m’a avoué un jour qu’elle en avait gardé « une mauvaise image des risques ». Tu m’étonnes.
Sur ce sujet, faire compliqué donne le même résultat que faire simple, ça prend juste plus de temps et plus de monde. L’AMDEC a toute sa place pour analyser un produit ou un procédé, quand il faut être exhaustif et fin. Mais pour les risques et opportunités de l’entreprise, on cherche surtout à ne pas rater les gros sujets et à les traiter.
La cotation fine a un autre défaut, que tout le monde connaît sans oser le dire. Tu te fixes des critères, tu cotes et quand un risque qui te semble important passe sous le seuil de criticité, tu retouches la cotation jusqu’à ce qu’il remonte. À la fin, tu as mis les valeurs qui t’arrangent, alors autant assumer dès le départ que c’est une décision de management (et c’est très bien comme ça). Je l’écrivais déjà dans le numéro sur les exigences qui n’existent pas : un consensus de l’équipe de direction suffit largement.
Bon, je le dis avec un peu d’autodérision : une bonne partie du bruit autour de cette révision vient de gens qui ont intérêt à te faire croire à une révolution pour te vendre des formations. « La v2026 fait entrer la qualité dans un nouveau paradigme » lol. Ah ouais? Ou d’autres qui voient l’opportunité de refourguer leurs solutions. Encore cette semaine j’ai été démarché par un éditeur de logiciel qui me vantait, je cite, « sa solution de centralisation de plan d’action pour absorber la transition ISO9001 v2026 qui redéfinit les exigences qualité ». Wow wow wow mec, t’es à côté de la plaque là! 🤣
Moi aussi je vends des formations (tiens c’est juste à en-dessous), mais à un moment il faut bosser correctement, alors je le répète : il n’y a pas de révolution dans la v2026. L’enjeu c’est la justesse de compréhension de ce qui évolue et de ce que ça peut apporter à l’entreprise, puis d’en tirer profit. La transition et la mise en œuvre des actions associées sont donc des sujets qualitatifs, pas quantitatifs.
Pour aller plus loin ensemble :
📑 Formation ISO9001 v2026 – Une demi-journée pour te mettre à niveau sur les évolutions de la v2026, comprendre comment y répondre et pouvoir justifier de tes compétences.
🏘️ Le Village QSE – La communauté des passionnés du métier : échanges, entraide et formation entre pairs pour sortir de l’isolement.
🚀 Mission Qualité – La formation pour apprendre à embarquer tes collègues. Inscriptions 2027 ouvertes : sessions en janvier, mai et septembre.
😄 Les Memes QSE – Un peu d’humour dans le sérieux de nos métiers : 166 memes à adapter et utiliser à ta sauce.
→ Toutes mes ressources sont réunies sur mon site web.
Ce que tu as à y gagner
J’y vois deux gains.
Le premier, c’est de savoir où mettre ton énergie, parce que l’approche par les risques sert avant tout à décider ce que tu tolères. Chez un fabricant d’articles de jardin où j’ai travaillé, les camions partaient régulièrement avec des manquants au prix de quelques euros et deux personnes de l’ADV passaient un temps monstre à instruire ces litiges. On a fini par décider qu’en dessous de 100 euros, on renvoyait la pièce tout de suite sans rien vérifier. Le risque de se faire avoir existait toujours, sauf qu’on l’avait accepté en connaissance de cause. C’est ça, évaluer puis tolérer un risque.
Le second, ce sont les opportunités. Imagine que tu es dans une boite avec un taux de service de 93%. Disons que le nouvel objectif est fixé à 98% (un peu de pression des clients!). Le risque, c’est ce qui pourrait empêcher d’y parvenir et faire finir l’année à 95. L’opportunité, c’est ce qui pourrait emmener de ces 95 à 98, voire au-delà. Sans garantie que ça marche mais avec un vrai gain si ça marche. Et en lisant le §6.1.3, on comprend un truc qu’on oublie souvent : une opportunité contribue aux résultats attendus, donc elle peut aussi t’aider à rattraper un objectif que tu es en train de rater.
Alors concrètement, une opportunité pour ce sujet de taux de service ? Réorganiser la zone de préparation si on a du mal à faire les prépas à l’heure. Challenger et récompenser les prestataires de transport selon leurs résultats. Renégocier les délais de livraison avec les clients... Plein de possibilités, à contextualiser pour identifier quoi faire réellement. D’ailleurs tu l’as sans doute remarqué: oui, traiter les opportunités, c’est faire de l’amélioration continue... C’est même écrit dans le §6.1.1.
Je te parlais plus haut du constat : on trouve beaucoup moins d’opportunités que de risques. Pourquoi ? Je pense que, dans notre culture, on a du mal à appréhender cette notion de risque positif. L’opportunité semble devoir être un truc de dingue, du genre un nouveau marché, une nouvelle famille de produits. Il y a un truc dans l’inconscient collectif qui rend l’opportunité compliquée à saisir, alors que, si on revient à la définition, c’est un « risque positif », donc une incertitude sur un effet positif. C’est quelque chose qui pourrait aider, mais on n’est pas sûr que ça se réalise, donc on va essayer d’agir dans la mesure du possible pour le favoriser.
Finalement, parler d’opportunité c’est envisager autre chose qu’une liste de problèmes. Un dirigeant écoute son expert-comptable quand il parle de risque de trésorerie et il t’écoutera tout autant avec « voilà ce qui pourrait nous faire gagner un point de taux de service ». Et au passage, il commencera à te ranger dans la case des gens qui apportent quelque chose plutôt que dans celle du gendarme.
Comment y répondre
Partir de ce que tu as déjà
Les risques sont déjà sous tes yeux. Les problèmes que vous avez eus cette année sont des risques qui se sont réalisés et les réclamations qui montent ou le turnover qui ne baisse pas en annoncent d’autres. Pour compléter, pose deux questions aux pilotes de processus ou à la direction : qu’est-ce qui pourrait nous empêcher d’atteindre nos objectifs et qu’est-ce qui pourrait nous aider à les atteindre, voire faire mieux que prévu ?
Si tu as besoin d’un support, un SWOT fait très bien l’affaire, à condition de le remplir d’abord comme un simple état des lieux puis de le relire pour y chercher les risques et les opportunités. La norme n’exige pas de le faire processus par processus, le niveau de l’entreprise suffit (libre à toi de descendre plus fin si ça aide les pilotes).
Trier
La finalité de l’évaluation c’est de pouvoir trier et je te recommande deux niveaux : on traite ou on ne traite pas. Si tu aimes la finesse, trois niveaux (critique, moyen, faible) peuvent se défendre, mais pose-toi honnêtement la question : les risques moyens reçoivent-ils un traitement différent des risques critiques ? Si la réponse est non, le niveau intermédiaire ne sert à rien. Au-delà de trois, ça n’a plus aucun sens.
Pour décider, un consensus des pilotes et de la direction fait parfaitement le job. Tu peux leur donner quelques repères pour éclairer leurs décisions.
Donner de la place aux opportunités
Traite-les avec leur logique à elles. Pour les opportunités, la norme ne demande pas des actions « proportionnelles » comme pour les risques mais « appropriées au contexte » (§6.1.3), ce qui te laisse bien plus de liberté. C’était la nuance que je t’avais promis d’expliquer dans le numéro sur la sortie de la norme, où je te mettais aussi en garde contre le registre des risques recopié en positif (je ne te refais pas le couplet).
Et commence petit. On cite toujours « lancer une nouvelle gamme de produits » comme exemple d’opportunité, forcément ça paralyse tout le monde. Un tutorat entre anciens et nouveaux, pour que le savoir-faire ne parte pas avec les départs en retraite, c’est une opportunité aussi et elle se décide simplement. Jette aussi un œil aux actions d’amélioration, puisque le §10.1 les relie aux opportunités : tu en as sûrement déjà plein sans le savoir.
Boucler la boucle
Une petite boucle entière vaut mieux qu’une grande boucle jamais terminée. Mieux vaut agir sur trois risques et deux opportunités en vérifiant que ça a marché qu’aligner cinquante lignes d’analyse sans rien derrière. Au pire, l’auditeur te suggérera d’étoffer le niveau d’analyse l’an prochain, alors que l’absence de vérification d’efficacité (qui implique que les actions sont réalisées), c’est l’écart assuré.
Les actions, elles, sont à ramener dans les processus et sont portées par les pilotes concernés. En revue de direction, tu fais apparaître deux lignes, une pour les risques et une pour les opportunités, avec ce qui a été fait et si ça a marché. Avec ça tu as répondu à l’essentiel du chapitre.
Et maintenant ?
Revenons à mes deux qualiticiens. Leurs risques étaient bien traités et leurs opportunités tenaient dans le SWOT du comité de direction, ce qui fait un très bon point de départ. Pour eux comme pour toi, la v2026 ne demande pas de tout refaire, elle demande d’ajouter une évaluation simple s’il n’y en avait pas et de sortir les opportunités de l’ombre. Le reste, c’est à toi de voir ce qui sert vraiment ta boîte. Ça te parle ?
Dans le prochain épisode, on attaque la culture qualité et le comportement éthique, avec ce que la norme demande (et surtout ce qu’elle ne demande pas).
Allez, c’est tout pour aujourd’hui !
A bientôt,
Benoit
PS : Si tu connais quelqu’un qui apprécierait de me lire, fais-lui suivre ce mail. 😉
Pour aller plus loin ensemble:
📑 Formation ISO9001 v2026 – Une demi-journée pour te mettre à niveau sur les évolutions de la v2026, comprendre comment y répondre et pouvoir justifier de tes compétences.
🏘️ Le Village QSE – La communauté des passionnés du métier : échanges, entraide et formation entre pairs pour ne plus avancer seul.
🚀 Mission Qualité – La formation pour apprendre à embarquer tes collègues. Inscriptions 2027 ouvertes : sessions en janvier, mai et septembre.
😄 Les Memes QSE – Un peu d’humour dans le sérieux de nos métiers : 166 memes à adapter et partager à ta sauce.
→ Toutes mes ressources sont réunies sur mon site web.


Bonjour, merci pour le niveau de qualité (sans jeu de mots 😊) de cette newsletter, on sent la maîtrise du sujet c'était vraiment très intéressant à lire. J'ai hâte de découvrir la suite !