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Au sommaire:
Un sondage sur Linkedin
Ce n’est pas juste l’époque. C’est le métier.
Pourquoi autant de pros QSE regardent la sortie
Ce que les 17% ont trouvé
Avant de partir
En résumé
Temps de lecture : 08 minutes
Un sondage sur Linkedin
Il y a un mois, j’ai posé une question toute simple sur LinkedIn : “Envisages-tu de quitter ton poste actuel pour un nouveau en Q/QSE/HSE? “
652 personnes ont répondu. Des responsables qualité, QSE, HSE, dont toi peut être.
Les résultats ne m’ont pas surpris. Mais les voir noir sur blanc, ça fait quelque chose.
Tu fais le calcul rapide : 83% des répondants n’excluent pas un départ.
Pour ne rien te cacher, j’ai laissé ce chiffre tourner dans ma tête pendant quelques semaines avant d’écrire cet article. Il raconte une histoire que je connais bien, que j’entends depuis des années, que ce soit dans les conversations avec les membres du Village QSE ou avec les personnes qui participent à mes formations.
Mais avant d’aller plus loin, mettons ce chiffre en perspective. Parce qu’on pourrait se dire : “Bof, tout le monde veut changer de job, c’est l’époque.”
Ce n’est pas juste l’époque. C’est le métier.
Regarde les chiffres des cadres français dans leur ensemble. Selon une étude Cadremploi et Ifop de 2024, 53% des cadres se disent ouverts au changement. C’est un record historique. L’APEC indique que 9% des cadres sont en recherche active.
Maintenant, faut être honnête : mon audience sur LinkedIn n’est pas un échantillon représentatif. Je parle souvent des difficultés du métier, des frustrations ou de l’isolement des responsables qualité / QSE. Ça attire forcément des personnes qui se reconnaissent dans ces sujets. Il y a un biais. Si je corrige de 15 à 20% pour ce biais, on tombe quand même autour de 65-70% de professionnels QSE ouverts au changement.
Soit 12 à 17 points au-dessus du record national des cadres.
C’est conséquent et je pense que ce n’est pas juste le blues d’un lundi matin hivernal et pluvieux.
Pourquoi autant de pros QSE regardent la sortie
D’abord, il y a une explication positive qu’il ne faut pas négliger. Les responsables qualité sont des gens curieux de nature. On bosse sur des fonctions transversales, on touche à tout. Et on est câblés pour améliorer les choses, c’est littéralement notre métier. Ces deux caractéristiques font qu’on est naturellement en veille sur ce qui se fait ailleurs et sur d’autres opportunités. On va nourrir notre curiosité et chercher à améliorer notre propre situation si une opportunité se présente. C’est sain.
Mais cette tendance naturelle se combine avec des facteurs moins réjouissants.
Face au stress prolongé, on a trois réactions classiques : la fuite, la colère ou l’apathie. La mobilité professionnelle, changer de job, c’est la version socialement acceptable de la fuite. Et quand autant de gens dans un même métier envisagent de fuir, c’est peut-être un problème plus profond que juste une envie d’ailleurs.
Tu vois où je veux en venir ?
Le poste de responsable qualité est un poste-carrefour. Tu es au milieu de tout ce qui touche au système de management, avec une large responsabilité. Mais disposes-tu du pouvoir de décision qui va avec ? Rarement. On te demande de faire bouger les lignes avec les moyens du bord et quand ça ne bouge pas, c’est ta faute.
J’ai accompagné un responsable QSE l’an dernier dans l’industrie. Un type qui était clairement compétent et investi. Au bout de sept ans dans la même boîte, il avait monté le SMQ de zéro, décroché la certif, formé ses auditeurs internes, mis en place les rituels. Et un matin il m’a dit : “ Tu sais Benoit, j’ai parfois l’impression d’être un hamster dans sa roue. Je cours, je fais tourner le truc, mais on n’avance pas.”
Il ressentait de l’usure. Le cycle annuel du SMQ : revue de direction, objectifs, plans d’action, faire bouger les processus, audits internes et on recommence. Tout ça dans le cycle triennal de la certification : audit initial ou renouvellement, surveillance, surveillance, renouvellement. Au bout de deux cycles de certif, mettons six ans, tu as fait le tour et tu connais le SMQ par coeur. Pour rester motivé, il faut que quelque chose change : un périmètre élargi, une évolution vers une fonction groupe, un projet transverse etc... Sinon, enchaîner les cycles triennaux pendant dix ou quinze ans, ça use.
Il y a aussi ce que j’appelle la posture du prophète. Tu passes ton temps à essayer de vendre la qualité en interne à des gens qui n’ont rien demandé. Tu argumentes, tu les sensibilises. Tous les jours. Plus ou moins seul. Mentalement, c’est crevant.
Et puis il y a le succès invisible. Quand tu fais bien ton travail, il ne se passe rien. Plus de non-conformités majeures, pas de réclamation client en hausse. Or le truc, c’est que “il ne se passe rien”, vraiment. Pas de négatif, mais pas de positif non plus. Ça ne déclenche pas de reconnaissance. Personne ne vient te féliciter parce que tout va bien. C’est ton job, non ? 😅
Dernier élément : le marché joue en ta faveur. En ce moment les profils QSE expérimentés sont recherchés, les entreprises galèrent à recruter sur ces postes. Quand tu sais que tu peux partir, tu y penses plus facilement. A noter que ceci n’est pas vrai pour les profils junior qui peinent à trouver des postes.
Donc finalement, si tu te reconnais dans les 83%, c’est normal. Le métier produit ça.
Pour aller plus loin ensemble :
🏘️ Le Village QSE – La communauté des passionnés du métier : échanges, entraide et inspiration entre pairs pour sortir de l’isolement.
🚀 Mission Qualité – La formation pour apprendre à embarquer tes collègues. Prochaines sessions: mai 26 (liste d’attente), septembre 26, janvier 27.
😄 Les Memes QSE – Un peu d’humour dans le sérieux de nos métiers : 160 memes à adapter et utiliser à ta sauce.
→ Toutes mes ressources sont réunies sur mon site web.
Ce que les 17% ont trouvé
On pourrait s’arrêter là et se dire que ce métier est une impasse et que par défaut nous sommes voué à changer de poste ou d’entreprise régulièrement.
Sauf que non. 17% des répondants, environ 110 personnes, ont dit : “Je suis bien là où je suis et je n’ai pas l’intention de changer.” Et ça, ça mérite qu’on s’y arrête.
Je n’ai pas interviewé ces 110 personnes. Mais après des années à accompagner des responsables qualité, j’ai quelques hypothèses solides sur ce qui fait la différence.
Le premier truc et de loin le plus déterminant : une direction qui considère la qualité comme un levier stratégique. Je n’aime pas cette expression de “levier stratégique”, ça sonne trop consultant qui fait des powerpoints, mais c’est pourtant ça. Traiter la qualité comme autre chose que le service qui gère la paperasse pour garder le certificat ISO.
L’ISO 9001 est claire là-dessus. Le §5.1.1 liste les responsabilités de la direction : assumer l’efficacité du SMQ, allouer les ressources, promouvoir l’amélioration… Ces verbes impliquent une action personnelle de la direction. Quand un dirigeant dit “la qualité c’est ton domaine” et qu’il se désengage, il ne respecte pas la norme. Point. Mais surtout, il crée les conditions pour que son responsable qualité s’épuise et finisse par partir.
J’ai vu la différence de mes propres yeux. Dans une PME industrielle que j’accompagne, le DG participe à chaque revue de processus, vient au rituels de production dès qu’il peut, challenge les résultats, prend des décisions. La responsable qualité là-bas, ça fait neuf ans qu’elle est en poste. Elle n’a pas l’intention de bouger. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu : “Parce que je ne rame pas toute seule. Je m’éclate ici !”
C’est aussi simple que ça.
Ensuite, il y a la reconnaissance de la fonction. Un accès direct à la direction, un budget, des ressources. C’est une légitimité aussi. Quand ta fonction est planquée trois niveaux en dessous d’un DAF ou d’un directeur industriel qui filtre tout, bon courage pour peser sur quoi que ce soit.
L’autonomie dans la méthode. “Voilà les objectifs, à toi de voir comment y arriver.” La liberté de proposer, de tester. C’est ce qui fait que des gens compétents restent quelque part et s’impliquent.
Voir l’impact de son travail. Pouvoir tracer une ligne entre ce que tu as mis en place et un résultat concret. Une réclamation résolue pour de bon, un processus qui tourne enfin. Quand ton boulot devient visible, ça change la donne.
Et puis avoir des pairs avec qui échanger. L’isolement, c’est le poison lent de ce métier. La routine des cycles, c’est son anesthésiant. Alors les deux ensemble, ça pousse vers la sortie.
Je ne dis pas que les 17% cochent toutes les cases. Mais je suis prêt à parier qu’ils en cochent au moins trois ou quatre.
Avant de partir
Si tu fais partie des 83%, j’ai une suggestion. Avant de mettre à jour ton CV et de scroller les offres sur LinkedIn, prends cinq minutes.
Est-ce que ces conditions existent là où tu es ? Ou est-ce qu’elles pourraient exister ?
Parfois, c’est verrouillé. La direction s’en fiche, la fonction est sous-dimensionnée. Dans ce cas, partir est probablement la bonne décision et un pas en avant.
Mais parfois, il y a une conversation à avoir. Tu as de la place pour une négociation, ton périmètre peut être revu, tout comme tes responsabilités et tes moyens. Il y a une marge de manœuvre, mais personne ne l’a exploitée parce que tout le monde a la tête dans le guidon.
Et si tu cherches ailleurs, cherche ces conditions-là. Pas juste un meilleur salaire. Parce que sans une direction qui y croit et un minimum de reconnaissance de la fonction, tu vas retrouver les mêmes frustrations dans six mois. Dans un autre bureau.
En résumé
Je ne juge personne. Chacun a ses raisons.
Le vrai sujet ce n’est pas “faut-il rester ou partir ?” C’est : quelles sont les conditions pour s’épanouir dans ce métier ? Est-ce que je les ai là où je suis ? Et si non, est-ce que je peux les construire, ou est-ce que je dois aller les chercher ailleurs ?
C’est une question plus utile que “où est-ce que je postule demain ?”.
Allez, c’est tout pour aujourd’hui ! 😁
Je te dis à bientôt,
Benoit
PS: Si tu connais quelqu’un qui apprécierait de me lire, fais-lui suivre ce mail :
Pour aller plus loin ensemble:
🏘️ Le Village QSE – La communauté des passionnés du métier : échanges, entraide et inspiration entre pairs pour ne plus avancer seul.
🚀 Mission Qualité – La formation pour apprendre à embarquer tes collègues. Prochaines sessions: mai 26 (liste d’attente), septembre 26, janvier 27.
😄 Les Memes QSE – Un peu d’humour dans le sérieux de nos métiers : 160 memes à adapter et partager à ta sauce.
→ Toutes mes ressources sont réunies sur mon site web.



Merci pour cette étude Benoit et les chiffres parlent et je les ai suivi sur LinkedIn car le résultat m’intéressait pour voir si je faisais partie des 83% et la réponse était oui. Le départ, le changement est multifactoriel, il peut avoir un mélange entre le pro et le perso ( qui ne sont pas dissociable, à mon avis). Notre fonction est trop prenante en matière de temps et d’énergie et souvent si on ne sait pas poser des limites, le perso prend cher. Et c’est en relation avec notre profil et notre prise de conscience sur comment on fonctionne, comme une personne et comme salarié.
Un élément super important et que je soutiens et que tu as souligné :
c’est la routine+ aller de plus plus vite-piste de progrès = crée la démotivation ( comme quand tu ouvres le four sur ton soufflé et que ça retombe).
Et ça correspond à la première question que tu nous as posé dans mission qualité, plus l’écart s’agrandit, plus la décision s’affine.
Je pense que majoritairement, on s’ennuie d’une routine sans changement.
C’est toujours un plaisir de lire tes newsletters 🙏🏼.