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Au sommaire:
Le piège relationnel qui épuise les responsables qualité
Le triangle dramatique
Pourquoi les responsables qualité sont particulièrement concernés
Le cycle Sauveur-Persécuteur-Victime
Mon expérience du triangle de Karpman
Comment en sortir
L’alternative : responsabiliser au lieu de sauver
L’exercice de la semaine
Temps de lecture : 09 minutes
Le piège relationnel qui épuise les responsables qualité
Tu donnes beaucoup. Tu veux que les choses avancent, que les gens progressent. Et pourtant, certains collègues changent de direction quand ils te voient arriver. Tu signales un problème pour aider et on te regarde comme si tu l’avais causé. Ce décalage entre ton intention et la façon dont on te perçoit, ça use.
Ça te parle ?
Ce qui se joue là porte un nom. Un modèle développé dans les années 60 par un psychiatre américain, Stephen Karpman. Il décrit les dynamiques relationnelles dysfonctionnelles dans lesquelles on s’enferme sans s’en rendre compte.
Je t’en parle aujourd’hui parce que les responsables qualité y sont particulièrement exposés. J’en ai fait l’expérience moi-même et je pense que ça peut t’éclairer sur certaines situations que tu vis au quotidien.
Le triangle dramatique
Le modèle de Karpman repose sur trois postures qu’on adopte dans nos interactions avec les autres, généralement inconsciemment.
La Victime se sent impuissante. “Je n’y arrive pas.” “Personne ne m’aide.” Elle attend qu’on vienne la sauver ou se plaint de sa situation sans agir.
Le Persécuteur blâme et contrôle. “C’est ta faute.” “Tu aurais dû faire autrement.” Il exerce une pression sur les autres, parfois sans même s’en rendre compte.
Le Sauveur vole au secours. “Laisse, je m’en occupe.” Il aide compulsivement, souvent à son propre détriment et crée de la dépendance chez ceux qu’il aide.
Le piège, c’est que ces rôles tournent. On peut commencer Sauveur et finir Victime. On peut être perçu comme Persécuteur alors qu’on pensait juste faire son travail. Les positions bougent au fil des interactions, parfois en quelques minutes.
Pourquoi les responsables qualité sont particulièrement concernés
Si je te parle de ce modèle, c’est parce qu’il éclaire en grande partie les galères qu’on vit dans nos métiers.
Le Sauveur, là où tout commence souvent
C’est fréquemment le rôle par lequel on entre dans la fonction qualité / QSE. Tu arrives avec de l’énergie, de la bonne volonté. Tu veux faire bouger les choses. Et très vite, tu te retrouves à tout porter.
Les NC des autres ? Tu les corriges. Les audits qui approchent ? Tu prends en charge la préparation et rattrapes les retards accumulés. Tu fais à la place des autres parce que “ça va plus vite” et “sinon ça ne sera pas fait”.
Tu vas même plus loin. Tu identifies des problèmes que personne ne t’a demandé de regarder. Tu proposes des solutions sur des périmètres où les responsables n’ont rien sollicité. Dans ta tête, c’est évident : il y a un problème, il faut le régler. Mais eux ne voient qu’une chose : quelqu’un qui débarque sur leur terrain sans y être invité. L’opposition est inévitable.
C’est presque une mission. Tu te sens investi d’une responsabilité que personne ne t’a confiée, mais que tu portes quand même. Parce que si tu ne le fais pas, qui le fera ?
J’en discutais récemment avec un membre du Village QSE qui me disait : “Je passe mes journées à éteindre des incendies que je n’ai pas allumés.” Cette phrase résume parfaitement le syndrome du Sauveur.
Le problème, c’est que plus tu sauves, plus tu crées de la dépendance. Les gens s’habituent à ce que tu gères. Ils ne prennent plus leurs responsabilités parce que tu es là pour rattraper leurs erreurs. Ils savent que tu vas le faire. Et toi, tu t’épuises en ayant l’impression d’être indispensable.
Le Persécuteur, un rôle qu’on n’a pas choisi
Tu fais ton travail. Tu audites, relèves les écarts, rappelles les règles quand c’est nécessaire. Dans ta tête, tu fais juste ce qui est attendu de toi.
Mais les autres ne le voient pas comme ça. Pour eux, tu es celui qui arrive avec des problèmes. Le gendarme. Celui qu’on évite dans les couloirs parce qu’il va forcément trouver quelque chose à redire.
Une collègue m’a un jour confié : “Quand je te voyais arriver, je me disais ‘qu’est-ce qu’il va encore me reprocher’.” Ça m’a fait un choc. Je n’avais jamais eu l’intention de reprocher quoi que ce soit à qui que ce soit. Je voulais juste améliorer les choses.
Tu te retrouves dans la peau du Persécuteur sans jamais avoir voulu persécuter. Juste parce que ta fonction, ou ta manière de l’exercer, t’amène à pointer ce qui ne fonctionne pas.
La Victime, l’atterrissage après l’épuisement
C’est souvent là qu’on finit après des mois ou des années à osciller entre Sauveur et Persécuteur.
“Personne ne m’écoute.” “Je n’ai pas les moyens de faire mon travail.” “La direction ne comprend pas.” “Les managers ne s’intéressent pas à la qualité.”
Ces phrases, tu les as peut-être déjà pensées. Peut-être même prononcées. Elles traduisent un sentiment réel. Tu as donné et alerté. Et malgré ça, rien ne bouge vraiment. La fatigue s’accumule. L’impression de tourner en rond s’installe.
Le piège, c’est que cette posture se nourrit d’elle-même. Plus tu te sens victime, moins tu agis. Moins tu agis, plus la situation te donne raison. Tu finis par collecter les preuves de ton impuissance au lieu de chercher comment agir différemment. Tu attends que les autres changent pour que ta situation s’améliore.
Le cycle Sauveur-Persécuteur-Victime
Le mécanisme est vicieux. Laisse-moi te décrire un scénario que tu as peut-être vécu.
Tu arrives dans l’entreprise en mode Sauveur. Tu vas remettre de l’ordre. Pour ce faire tu prends les sujets en main et tu aides tout le monde. Tu es disponible et volontaire.
Au bout de quelques mois, tu commences à relever des écarts. Normal, c’est ton job. Mais les gens commencent à te voir différemment. Tu deviens le Persécuteur. Celui qui trouve toujours quelque chose à redire.
Tu continues pourtant et tu fais ton travail consciencieusement. Mais l’ambiance change. Les résistances s’accumulent. Tu te sens de plus en plus isolé. Les autres se méfient de toi.
Et un jour, tu craques. Tu te plains à un collègue ou à ta famille. “Je fais tout et personne ne reconnaît mon travail.” Le problème c’est les autres et tu te sens coincé. Tu es devenu la Victime.
Le cycle peut recommencer. Tu reprends de l’énergie, tu repars en mode Sauveur et la boucle se répète. Jusqu’à l’épuisement.
Pour aller plus loin ensemble :
🏘️ Le Village QSE – La communauté des passionnés du métier : échanges, entraide, et inspiration entre pairs pour sortir de l’isolement.
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Mon expérience du triangle de Karpman
Je vais te raconter un truc que je n’ai pas souvent partagé.
Quand j’ai commencé dans la qualité, j’étais un Sauveur assumé. Je voulais tout bien faire. Je prenais en charge les sujets que personne ne voulait. Je restais tard pour finir les dossiers. Je pensais que c’était comme ça qu’on faisait ses preuves.
Un soir, au milieu d’un audit, je suis resté jusqu’à 23h pour nettoyer des docs qui allaient être abordés le jour suivant. Le lendemain, le responsable de production m’a croisé et m’a lancé : “Alors, tu fais des heures supp ? Tu cherches les problèmes même la nuit maintenant ?”
J’étais sidéré. J’avais passé ma soirée à combler les manquements de son équipe et lui me voyait comme celui qui “cherche les problèmes”. Dans sa tête, j’étais le Persécuteur. Dans la mienne, j’étais le Sauveur incompris.
Ça m’a mis en pétard ! J’ai commencé à râler et à me plaindre de son manque de soutien et de son menfoutisme. J’étais passé en mode Victime sans m’en apercevoir.
Le déclic est venu d’une discussion avec un ancien patron. Il m’a dit : “Tu passes ton temps à vouloir sauver les autres ou à te plaindre qu’ils ne te suivent pas. Tu as essayé de les laisser se débrouiller ?”
Cette phrase m’a secoué. Il avait raison.
Comment en sortir
La première étape pour évoluer, c’est de prendre conscience de ces mécanismes. Identifier dans quel rôle tu te trouves le plus souvent. Tu peux par exemple observer tes réactions automatiques face aux situations tendues.
Ensuite, il y a des portes de sortie qui sont des ajustements
Si tu es bloqué en mode Sauveur, arrête de faire à la place des autres. Pose des questions au lieu de donner des solutions. “Qu’est-ce que tu comptes faire ?” plutôt que “Laisse, je m’en occupe.” Tu responsabilises au lieu de créer de la dépendance. Attends qu’on te demande de l’aide avant d’aider.
Si tu es perçu comme Persécuteur, change ta façon de formuler. Constate sans juger. “Je vois que cette procédure n’a pas été suivie” plutôt que “Tu n’as pas respecté la procédure”. La nuance est subtile mais elle change la dynamique. Tu décris un fait au lieu d’accuser une personne.
Si tu te sens Victime, arrête de collecter les preuves que tu as raison. Arrête aussi d’essayer de convaincre ceux qui ne veulent pas l’être. Trouve le manager ou le collègue qui est prêt à jouer le jeu avec toi. Commence par là.
L’alternative : responsabiliser au lieu de sauver
Il existe une autre façon de fonctionner. On l’appelle parfois le triangle vertueux.
Le Sauveur devient accompagnateur. Au lieu de “Laisse, je m’en occupe”, tu demandes “Comment tu comptes t’y prendre ?” Tu fais confiance à la capacité des autres à résoudre leurs problèmes. Tu restes disponible, mais tu n’interviens que si on te sollicite.
Le Persécuteur devient challenger. Tu confrontes avec bienveillance. “Les résultats de cet indicateur m’interpellent, qu’est-ce qui s’est passé selon toi ?” Tu pousses à la réflexion au lieu de pointer du doigt. Tu restes neutre et factuel dans tes constats.
La Victime devient acteur. Tu arrêtes d’attendre que le contexte ou les autres changent. Tu identifies ce qui dépend de toi, même si c’est limité. Tu essaies d’agir sur ton périmètre au lieu de te plaindre.
Ces postures demandent un effort conscient, on n’y va pas naturellement. Mais elles peuvent changer profondément la qualité de tes relations professionnelles et ton niveau d’énergie.
L’exercice de la semaine
Cette semaine, observe tes interactions au travail. Dans chaque situation un peu tendue, pose-toi la question : quel rôle suis-je en train de jouer ? Sauveur, Persécuteur ou Victime ?
Quand tu te surprends dans un de ces rôles, note-le. Et demande-toi ce que tu aurais pu faire différemment. L’objectif, c’est de commencer à voir les alternatives.
C’est le premier pas pour sortir du triangle.
Allez, c’est tout pour aujourd’hui. 😊
Je te dis à bientôt,
Benoît
PS : si tu connais quelqu’un qui apprécierait de me lire, fais-lui suivre ce mail :
Pour aller plus loin ensemble:
🏘️ Le Village QSE – La communauté des passionnés du métier : échanges, entraide, et inspiration entre pairs pour ne plus avancer seul.
🚀 Mission Qualité – Le programme pour grandir dans ton rôle, gagner en influence et retrouver du plaisir dans la fonction qualité / QSE.
😄 Les Memes QSE – Un peu d’humour dans le sérieux de nos métiers : 148 memes à adapter et partager à ta sauce.
→ Toutes mes ressources sont réunies sur mon site web.


Merci, Benoît, pour cette analyse d’une justesse redoutable.
J’ai souvent l’impression que tu écris pour moi : chacune de tes newsletters arrive exactement au moment où j’en ai besoin et m’aide à me recentrer sur des aspects que je laisse parfois filer.
Merci d’exister, et merci surtout d’avoir eu cette idée de génie : créer le Village QSE.
Ce que tu décris, beaucoup de responsables qualité le vivent sans forcément mettre de mots dessus… et j’en fais clairement partie.
Le triangle de Karpman éclaire avec une précision chirurgicale ce décalage entre nos intentions (faire avancer, aider, structurer) et la manière dont nous sommes perçus.
La mise en lumière du cycle Sauveur → Persécuteur → Victime m’a fait sourire…😅
On croit aider, on finit par être perçu comme celui qui contrôle, puis on se retrouve à subir.
En te lisant, j’ai vu défiler des scènes entières de ma propre expérience.
Ta proposition de basculer vers le triangle vertueux est une véritable bouffée d’air :
• accompagner plutôt que sauver,
• challenger plutôt que persécuter,
• agir plutôt que subir.
C’est exactement ce dont notre métier a besoin pour rester durable, sain et aligné.
Merci pour cette prise de recul qui, je pense, va résonner très fort chez beaucoup d’entre nous dans le Village.
Pour ma part, je dirais même que c’est une petite thérapie : une invitation à se regarder avec lucidité… mais aussi avec beaucoup de bienveillance.