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Au sommaire:
La reconnaissance, ce truc qu’on n’ose pas réclamer
Le paradoxe qu’on ne dit jamais
Les petits gestes qui changent une journée
Pourquoi ça nous touche autant
La reconnaissance qu’on s’autorise (ou pas)
Ce que ça change
Temps de lecture : 8 minutes
La reconnaissance, ce truc qu’on n’ose pas réclamer
Il y a des soirs où le bâtiment se vide plus vite que d’habitude.
Ce soir-là, les bureaux étaient presque déserts, les écrans déjà éteints. Je rangeais quelques dossiers sur mon bureau sans vraiment les regarder.
On venait de terminer un audit de suivi ISO 9001. Ça s’était bien passé. Enfin, aussi bien qu’un audit peut se passer quand on sait pertinemment que le 10.2 tient avec du scotch et que la maîtrise documentaire dans l’atelier B ressemble encore à un chaos dont plus personne ne distingue vraiment les contours.
Pas de NC majeure, trois mineures. Et cette phrase de Martine : « On voit qu’il y a eu du travail. »
C’est tout.
Un hochement de tête, un mail de clôture, puis chacun est reparti vers ses urgences.
Juste... rien.
Je suis resté là quelques minutes, seul, dans ce silence étrange qui suit les grandes journées. Une impression diffuse qu’il manque quelque chose, impossible à nommer. Comme quand tu prépares un gâteau pour des invités et que personne ne dit rien dessus. Tu sais que c’est absurde, tu sais que ce n’est pas le sujet… mais ça touche quand même quelque part.
Ce soir-là, j’ai compris quelque chose de simple. Ce n’est pas un compliment qu’on attend. C’est juste... un regard. Quelque chose qui dit : “Ce que tu as réussi à faire là, je l’ai vu.”
Ça n’est pas venu.
Et pourtant je savais que le boulot avait été apprécié. Les trois mois à recadrer les fiches de non-conformité. Les allers-retours avec la prod pour qu’ils comprennent que non, vraiment, on ne peut pas juste tamponner “OK” sans vérifier les pièces. Le week-end où j’ai refait le plan de surveillance parce que l’ancien était devenu illisible.
Tout ça compte. Mais ça ne laisse pas de trace visible.
Le paradoxe qu’on ne dit jamais
Dans la qualité, il y a un truc assez ironique : on passe son temps à rendre visibles les choses invisibles, et pourtant notre propre travail reste dans l’ombre.
La prévention des risques ne fait pas de bruit. Un écart évité n’apparaît nulle part. Une amélioration qui devient la norme, on l’oublie en trois semaines. Et après on se demande même comment on faisait avant, genre c’était évident depuis toujours.
La plupart du temps, ce que le responsable qualité apporte est absorbé par le système sans laisser de trace.
Je ne dis pas que c’est injuste. Enfin si, parfois je le pense. Surtout les soirs comme celui-là. Mais c’est surtout la nature du métier qui veut ça.
Ce qui use, c’est moins le manque de reconnaissance directe que l’absence d’un endroit et d’un moment pour poser ce qu’on porte. Cette charge mentale, cette vigilance permanente. Cette patience dans les échanges tendus où tu souris et tu reformules une troisième fois. Cette capacité à revenir voir le même chef d’atelier pour le même problème de validation de démarrage alors que son regard dit clairement qu’il n’en a rien à faire.
Et comme rien ne met ça en lumière, on finit par se demander si ça compte vraiment.
C’est comme être le gardien de but d’une équipe qui gagne 3-0 : tout le monde parle des buteurs, personne ne remarque que t’as sorti deux ballons chauds en première mi-temps.
Bon, la métaphore a ses limites, mais tu vois l’idée.
Pour aller plus loin ensemble:
🏘️ Le Village QSE – La communauté des passionnés du métier : échanges, entraide, et inspiration entre pairs pour ne plus avancer seul.
🚀 Mission Qualité – Le programme pour grandir dans ton rôle, gagner en influence et retrouver du plaisir dans la fonction qualité / QSE.
😄 Les Memes QSE – Un peu d’humour dans le sérieux de nos métiers : 148 memes à adapter et partager à ta sauce.
→ Toutes mes ressources sont réunies sur mon site web.
Les petits gestes qui changent une journée
Mais bon, la reconnaissance existe pourtant. Souvent plus subtile et discrète. Mais parfois bien plus juste.
Un jour, Karim, le responsable de prod de la ligne 2, m’a sorti : « Attends, je peux te montrer un truc ? J’aimerais ton avis avant de le présenter en COPIL. »
Je n’étais même pas sûr de pouvoir l’aider. Mais c’était pas ça l’important. Ce geste, me demander mon avis avant le COPIL, ça m’avait fait ma journée. Pendant dix minutes, la qualité n’était plus ce service pénible qui dit non, mais un partenaire dont l’avis compte.
Une autre fois, Sandrine, la pilote du processus service client, qui s’arrête un mardi après-midi, presque gênée : « Au fait, l’indicateur de satisfaction que tu avais proposé en janvier... il m’a bien aidée pour monter le dossier de réorganisation. Je voulais juste que tu le saches. »
C’était bref. Elle est repartie direct après. Mais j’y pense encore. Parce que cet indicateur, j’avais passé des semaines à le construire, puis à le défendre face à des gens qui le trouvaient inutile. Et il avait disparu des radars.
Et puis Mehdi, le technicien de maintenance, lors d’une pause café, qui avait simplement lâché : « Avant, j’osais pas remonter certaines choses. Genre les soudures approximatives sur les bâtis. Maintenant si. »
Il me remerciait pas. Il constatait un changement. Et ce constat-là, franchement, il valait tous les merci du monde.
Ces gestes sont minuscules, mais ils modifient la journée entière.
Pourquoi ça nous touche autant
On pourrait croire que le responsable qualité cherche la reconnaissance pour son ego. Il y a sûrement un peu de ça certains jours. Mais ce n’est pas la vraie raison.
Ce qui touche, c’est la nature du métier : beaucoup de ce qu’on fait n’existe vraiment que si quelqu’un le reconnaît. Quand une action fonctionne, elle devient normale. Quand un problème ne survient plus, il disparaît de la mémoire collective.
On se retrouve à entendre “on a toujours fait comme ça” sur un processus que tu as mis six mois à structurer.
La fonction qualité, c’est gérer ce qu’il y a dans les interstices. Les risques. La reconnaissance vient rappeler que ce vide apparent n’est pas du vide. C’est un travail réel et exigeant.
Sans cette lumière, le doute s’installe. Un doute sur notre place et le sens de nos actions. Sur leur impact réel.
Et c’est difficile d’en parler, de ça. On ne veut pas donner l’impression de quémander des compliments. Alors on le garde pour soi.
La reconnaissance qu’on s’autorise (ou pas)
Avec les années, j’ai compris que la reconnaissance la plus importante, c’est celle que l’on se donne soi-même.
C’est celle qui consiste à regarder honnêtement ce qu’on a fait. À se dire, le soir dans sa voiture avant de démarrer : “Aujourd’hui, j’ai quand même réussi à...”
Les tensions apaisées, les risques évités, les incompréhensions dissipées, les petits pas qui ne laisseront aucune trace… Personne ne les verra, mais ils existent et ils ont de la valeur.
Il m’a fallu du temps pour accepter que certaines de mes journées n’auraient jamais de témoin. Longtemps pour comprendre que mon métier n’était pas fait pour être applaudi. Il est fait pour être utile.
Et dans ces moments où personne ne dit rien, la seule reconnaissance possible est intérieure. C’est simplement se dire : “Ce que tu as géré aujourd’hui, toi tu le sais. “
Je ne dis pas que ça remplace la reconnaissance externe. Il y a des soirs où j’aimerais vraiment qu’on me voie davantage. Mais on apprend petit à petit à ne plus dépendre de cette validation pour exister.
Ça s’apprend lentement, avec des rechutes. Il y a des moment où tu te demandes vraiment si ils ne se rendent compte de rien. Mais ça s’apprend.
Ce que ça change
La reconnaissance, qu’elle vienne d’ailleurs ou de soi, nourrit la patience. Elle donne du courage pour retourner voir le même chef d’atelier une quatrième fois. Elle maintient la qualité vivante dans les interstices de l’organisation.
Elle nous rappelle pourquoi on fait ce métier. La reconnaissance ne transforme pas le travail, mais elle nous redonne un élan.
Certains jours, personne ne verra ce que tu as porté. Personne ne dira “merci” pour les trois heures passées à reformater le plan de surveillance, ou pour avoir évité que la réunion d’analyse de risques ne tourne mal.
Et pourtant, il y a des choses qui comptent même dans l’ombre.
Des choses qui tiennent debout parce que tu es là.
Et c’est peut-être ça, au fond, la forme la plus discrète, et la plus vraie, de reconnaissance.
On en reste là pour aujourd’hui et je te dis à bientôt.
Benoît
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